Trans-Hub
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Le Cœur de l’Accord

Avant que l’Arclight ne s’échoue et que la Terre ne soit plongée dans le chaos, le Centre de Commandement Trans-Hub portait un nom bien différent : Station de Transit de Kearney. En tant que l’un des plus gros centres de transit civil d’Amérique du Sud, des milliers de voyageurs y transitaient chaque jour pour le travail, visiter de la famille, ou tout simplement voir le monde. Lorsque l’Amalgame est arrivé, la station de transit a rapidement été réquisitionnée par l’Accord et l’Amiral Nostromo en fit le centre névralgique de la guerre contre les Élus.

La station de transit de Kearney n’est presque plus reconnaissable de nos jours. La plupart de ses magasins est fermée, et ont été remodelés en infrastructures militaires. Les propriétaires des derniers magasins ont construit un marché de fortune à l’extérieur de Trans-Hub, où ils vendent leurs marchandises aux membres de l’Accord et aux voyageurs de passage.

La chaude lueur de Trans-Hub grandit à l’horizon au fur et à mesure que la nuit avance. Une fois certain d’être à portée d’oreille des gardes, je cesse de sprinter et je m’arrête.

Vous ! Identifiez-vous ! Me dit l’un des gardes.

Plié en deux, je lutte pendant un instant pour reprendre mon souffle. J’ai fumé pendant des années avant le crash de l’Arclight, mais c’est la première fois que je le regrette vraiment.

Votre nom, citoyen ! Immédiatement !

Je lève les mains en l’air, les secouant de gauche à droite tandis que je m’approche des gardes. Pourquoi? Je n’en ai aucune idée. Je veux juste leur montrer que je ne suis pas un bandit, ou un Élu. À en voir les canons à plasma braqués sur moi, je pense qu’ils s’en contrefichent.

Dernière chance !

Almas ! je crie aux gardes, les mains immobiles au-dessus de moi. Emmanuel Almas ! Je suis journaliste.

Les gardes finissent par se détendre après un instant. L’un d’eux baisse même son arme alors que le second me garde en joue, jusqu’à ce que son compère, un homme âgé aux cheveux grisonnants, mette la main sur son canon et le force à le baisser.

Relax. Il dit vrai, j’ai lu son journal de voyage.

Il tient un journal ?

Eh bien…Le vieux garde essaie de s’expliquer. C’est plutôt un…Hé ! Il me regarde. Comment vous décririez votre truc ?

Th01Je soupire en baissant les bras. C’est…hmm un carnet de voyage. Je rencontre des gens pendant mes voyages, comme vous mes chers messieurs, et j’explore un paysage changé à jamais par l’Amalgame. Cependant ces derniers temps…. Je prends un instant pour faire le point sur mes pensées. Manifestement, ils le remarquent.

Tout va bien, citoyen ?

Hmm…ça…ça va. Écoutez, il y a une équipe de soldats de l’Accord près de la falaise du vieux réservoir, vers Port-Coulé.

Ouais, la 429ème. Et alors ?

Ils sont tombés dans une sorte de piège. J’étais avec un caporal Johnson, ou Jackson, …quelque chose comme ça, je ne me souviens pas très bien. Il ne parlait pas beaucoup (NDLR Son nom était Anderson). Il me conduisait ici quand on a été bloqué par…Merde, je ne sais même pas comment on les appelle. On dirait des Élus mais qui auraient été démoulés trop tôt. Il a essayé de se battre mais ils l’ont poursuivi dans la forêt et…Je soupire une fois de plus et porte la main à ma tête. J’avais eu une journée assez éprouvante.. 

La 429ème est en danger ? demande le vieux garde, pour clarifier. Venez avec moi, journaliste. Mendoza, garde l’œil ouvert.

Le jeune garde, Mendoza, s’écarte pour me laisser passer et suivre le vieux garde. Après avoir passé le ruban holographique « Attention », il me faut un instant pour le rattraper. Nous nous retrouvons rapidement à marcher côte à côte dans une marée d’officiers de l’Accord et de soldats en battleframes spécialisés.

Je ne suis pas du genre guide touristique, mais bienvenue au Centre de Commandement Trans-hub, le cœur de l’Accord dans tout Nouvel-Eden. Je suis le Major Bento Jessup.

Je suis navré de vous rencontrer dans de telles circonstances.

C’est la guerre, citoyen.

Où allons-nous ?

Je vais vous conduire au Colonel Hernandez. Elle est à la tête de la 429ème et c’est l’une des femmes les plus compétentes sous laquelle j’ai jamais servi. Transmettez-lui les infos, et elle pourra dresser un point plus clair sur la situation.

Oh. Compris. Nous marchons silencieusement pendant quelques instants. Ma dernière visite ici remonte à avant le crash de l’Arclight, lorsque cet endroit était encore un aéroport civil. Il s’appelait à l’époque Station de Transit de Kearney. Lorsque nous passons devant un bâtiment reconverti marqué « sous-station de réparation Trans-Hub 2 », je me rappelle que c’était autrefois un bar sportif plutôt populaire. La guerre a le don de changer les choses. 

Nous empruntons un escalier qui mène au centre de commandement. L’ordinateur central de contrôle clignote à cause des ingénieurs qui bricolent son câblage. Tout au bout de la plateforme, regardant des cartes de zones alentours (j’en reconnais certaines, d’autres pas du tout), se trouve une femme aux cheveux blancs et la peau sombre. Le Major Jessup me fait contourner l’ordinateur central, puis nous nous immobilisons environ trois mètres derrière elle.

M’dame, appelle-Jessup. J’ai de mauvaises nouv…

Pas tout de suite Major. La voix de Hernandez est froide et son attention est clairement monopolisée par les écrans. Je suis un peu occupée pour le moment.

C’est à propos de la 429ème, m’dame.

Hernandez se retourne, les mains dans le dos. Il ne fait aucun doute qu’elle est un officier de carrière, avec énormément d’expérience.

Je vous écoute.

Th02Je passe les quelques minutes suivantes à mettre au courant le Colonel de tout ce que j’ai vu et vécu. Je lui parle du Sergent Aldridge et des Élus du vieux dépôt, de la perte malheureuse du Caporal Anderson aux mains de la horde d’âmes torturées. Une fois que j’en ai terminé, un silence pesant s’installe. Le Colonel semble perdu dans ses pensées et le Major Jessup reste stoïque. J’imagine que j’ai l’air d’une andouille. Le Colonel prend finalement la parole.

Merci, M.Almas. Nous allons envoyer une unité dès le lever du soleil pour passer la zone de la 429 au peigne fin. En attendant, je crains devoir vous demander de rester ici. Si la zone est aussi risquée que vous le dites, nous ne pouvons pas prendre le risque de voir un civil se promener par ici.

Je n’avais pas prévu de rester ici très longtemps. Dis-je. Le Colonel me fusille d’un regard glacial. Il ne me faut pas longtemps pour changer d’avis. OK, où vais-je dormir ?

Le Major Jessup va vous conduire à votre couchette pour la nuit. Maintenant veuillez m’excusez, j’ai beaucoup de travail avant le lever du soleil.

Le colonel se retourne et le Major Jessup me conduit dans les escaliers. Nous passons la tour SIN, une gigantesque structure qui rayonne d’énergie, et je constate que celle-ci est plus grande que les autres. Lorsque je questionne Jessup sur son design, il me répond l’habituel « Secret-défense».

Après quelques minutes de marche, nous atteignons la “couchette des invités” comme le dit Jessup. Ce n’est guère plus qu’un petit lit installé dans une pièce pas plus grande qu’un placard. Après m’avoir fait clairement comprendre que je ne peux en aucun cas quitter la pièce sans une escorte de l’Accord, il prend congé et ferme la porte derrière lui. Avec pour seule compagnie quatre murs grisâtres, je m’installe sur le fin matelas du lit et m’enfonce dans le sommeil.

Je me réveille plusieurs heures plus tard en entendant du brouhaha dehors. Je saute dans mes vêtements et sors de ma cabine pour atteindre la cour principale après avoir traversé une série de couloirs vides. J’y vois le Colonel Hernandez et le Major Jessup, ainsi qu’au moins six autres soldats de l’Accord, occupés à décharger plusieurs blessés et victimes d’un transport de troupes près de la porte Sud.

Major! J’appelle Jessup, mais il ne m’entend pas avec tout ce raffut. Je continue à avancer et me faufile devant deux soldats qui semblent tétanisés par ce qui se déroule devant leurs yeux. À mesure que les soldats déchargent les blessés des camions, le personnel médical les prend en charge et les conduit à l’infirmerie située à l’extrémité Nord du Centre de Commandement. Beaucoup des blessés sont inconscients, mais quelques autres ne sont que trop conscients de ce qui leur arrive.

J’appelle le Major Jessup une nouvelle fois, mais sans résultat. Sentant que je n’aurai pas de réponse de sa part, je suis l’un des soldats survivants, une femme blonde au regard si fatigué rencontrée la veille , alors qu’elle fait route vers l’infirmerie. À la différence des autres blessés, ses blessures sont plutôt superficielles. Quelques coupures, ce qui ressemble à un nez cassé, et une méchante balafre sur le bras gauche. Alors que la plupart des autres blessés marmonnent de façon incohérente ou crient de douleur, celle-ci balance des obscénités que je ne peux pas écrire ici.

Th03Je m’écarte pour laisser les docteurs s’occuper d’elle. Ils referment ses blessures les plus profondes avec un gel et placent une attèle pour remettre son nez en place. Et pour le bras ? Un bon vieux sac de glace. Les recettes de grand-mère sont souvent les meilleurs remèdes. Une fois qu’ils ont terminé, je m’approche de la femme.

Bonjour. Je ne suis pas sûr que vous vous souveniez de moi, mais nous nous sommes rencontrés hier…

Vous êtes le journaliste, dit-elle de but en blanc.

Hrm ouais.

Qu’est-ce que vous voulez ?

Je voudrais savoir ce qui s’est passé.

Ce qui s’est passé ? Répète-elle. C’est qui s’est passé, c’est qu’on est tombé dans une embuscade.

Une embuscade ?

C’est ce que j’ai dit. On était partis pour nettoyer les Élus et quand on est arrivé sur place, l’endroit était vide. Foutrement vide. On a vérifié chaque pièce et on a rien trouvé, à part cet….orbe.

Un orbe ? Je lui montre ma tablette de données pour lui faire comprendre que tout est enregistré. Je ne pense pas qu’elle s’en préoccupe du tout. 

Ouais un orbe. Il était lumineux, il pulsait. Je pense qu’il était fait du même truc que le nuage. Après quelques minutes les pulsations se sont accélérées, encore et encore, jusqu’à ce que ça finisse par… Le soldat se perd dans ses pensées, se remémorant les évènements. Je m’agenouille devant elle, essayant de capter son regard.

Hé fait une voix derrière moi. Je me retourne pour voir deux gardes debout à l’entrée de l’infirmerie.

Bonjour, messieurs.” Dis-je en me levant. J’essaie juste de…

Dégagez de là.

Bien sûr, mais avant j’aimerais….

Maintenant.

Eh bien, il semble que mes privilèges d’invité arrivent à leur fin. Je hoche la tête, jette un dernier coup d’œil au soldat sur le lit et quitte la pièce. Je passe les deux gardes et quitte Trans-Hub par la porte Nord. Après tout, ces gens sont déjà bien assez occupés comme ça. Je me retourne une dernière fois sur ce désordre organisé de l’Accord, l’expression parfaite de l’état de la guerre. Nous tenons contre les Élus pour le moment, mais je dois avouer que je me demande parfois comment nous y sommes arrivés.

-Emmanuel Almas